La carrière de la capitaine Cathy Coombs, une source d’inspiration

Article de nouvelles / Le 1 décembre 2017

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Par l’élève-officier Kylie Penney

Lorsque la capitaine Catherine (Cathy) Coombs s’est présentée devant un recruteur à Sydney, en Nouvelle-Écosse, en 1976, à l'âge de 17 ans, elle n’aurait jamais imaginé la remarquable carrière qu’elle allait mener dans les Forces armées canadiennes (FAC).

Enfant d’une famille de sept, elle cherchait, à l’époque, à gagner sa vie dans une économie dominée par la main-d’œuvre masculine. Quand elle s’est enrôlée, elle venait de trouver un moyen de subvenir à ses besoins et de partir à la découverte du monde. Quarante et un ans plus tard, elle décide que le temps est venu de prendre sa retraite après avoir mené une carrière qui l’a comblée à tous les égards, et qu’elle décrit comme « quelque chose que j’ai toujours aimé faire ».

En guise de première étape dans sa carrière, la capitaine Coombs a suivi la qualification militaire de base à Cornwallis, en Nouvelle-Écosse. Puis, elle s’est rendue à Borden, en Ontario, pour y faire des études et devenir technicienne en approvisionnement. À l’époque, on déployait beaucoup d’énergie pour attirer les femmes dans les FAC. « Dans la cohorte de mon cours en approvisionnement, il n’y avait que des femmes, sauf deux hommes, mais tous les instructeurs étaient des hommes », dit la capitaine Coombs.

Après avoir obtenu son diplôme en approvisionnement, elle a été affectée à Winnipeg, au Manitoba. Malgré toutes les nouvelles possibilités que recelait l’armée, Winnipeg a laissé la capitaine Coombs plutôt froide. « Je suis allée à Cornwallis, puis à Borden, puis à Winnipeg. Je n’aurais même pas pu trouver Winnipeg sur une carte, puis l’année suivante, je voulais sortir des FAC, mais je ne savais pas comment m’y prendre. J’ai fini par m’habituer. »

Pendant cette première période de transition à la vie militaire, quelques aspects ont amené la capitaine Coombs à poursuivre sa carrière : les amitiés qu’elle a nouées, les rapports sociaux et la qualité de l’entraînement donné par les FAC. L’importance de prendre soin d’autrui était bien ancrée dans la culture militaire, comme c’est encore le cas aujourd’hui, et cet aspect a d’ailleurs permis à de nombreux militaires de traverser des périodes difficiles. « Quand nous étions jeunes, nous n’allions nulle part à moins d’y aller tous ensemble », dit la capitaine Coombs. « À l'époque, le mess était un lieu bourdonnant d’activités. C’était la place où aller le vendredi soir et c’était toujours bondé. Nous avons eu beaucoup de plaisir. »

Les fêtes du vendredi soir étaient atténuées par le dur labeur de la semaine. Pendant ses deux premières années à Winnipeg, la capitaine Coombs a suivi un entraînement cinq jours par semaine pour bien maîtriser son art. La qualité de la formation lui a permis de survivre à sa première année loin de chez elle, mais aussi de comprendre qu’elle venait de trouver sa voie. À l’époque, Winnipeg offrait un programme de formation en cours d’emploi qu’elle tient en très haute estime. « En approvisionnement, il y avait un merveilleux programme de formation en cours d’emploi et, pendant deux ans, je me suis promenée d’un bureau à l’autre pour faire remplir mon carnet. On s’occupait très bien de nous et il y avait assez de femmes pour que nous nous tenions ensemble et prenions soin les unes des autres. »

Au cours des 33 années qu’elle a passées dans la Force régulière, la capitaine Coombs a travaillé à la station des Forces canadiennes (SFC) Gypsumville, située à environ 250 kilomètres au nord de Winnipeg, au Manitoba, au Quartier général de la Défense nationale, à Ottawa, à Lahr, en Allemagne, à la SFC Debert, en Nouvelle-Écosse, au camp Aldershot, à Kentville, en Nouvelle-Écosse, à la base des Forces canadiennes Greenwood, également en Nouvelle-Écosse, et au quartier général de la 1re Division aérienne du Canada, à Winnipeg, au Manitoba. Chacune des affectations de la capitaine Coombs a présenté différentes difficultés en tant que femme dans les FAC. Au début, il était difficile de gagner le respect des gens et le changement s’est fait lentement. « Quand j’ai été affectée à une unité en 1989, les femmes ne faisaient que commencer à se joindre à l’unité . . . , dit la capitaine Coombs. On nous affublait de surnoms et c’était difficile de nous faire respecter. Nous avons vraiment dû nous battre, mais nous y sommes parvenues. »

Bien que les difficultés aient parsemé sa carrière à tous les grades qu’elle a occupés, la capitaine Coombs est tenace et fait preuve d’une capacité d’adaptation. Lors d’une de ses premières affectations, elle a dû composer avec le sexisme même avant d’arriver à son lieu de travail. « Le sergent avait mentionné qu’il n’avait pas de préférence, dans la mesure où on ne lui envoyait pas de femme enceinte, et je suis arrivée, enceinte de mon premier enfant. Ce n’était pas de tout repos, mais il n’avait aucun autre choix : il devait me garder. »

Pendant une autre affectation, la capitaine Coombs a essuyé un manque de respect et s’est sentie méprisée en raison de son sexe : « Un jour, pendant une pause-café, après avoir obtenu le grade d’adjudant, je me suis assise à la table attribuée à ma section, et tout le monde s’est levé et m’a laissée seule. Il n’y avait que des hommes. »

À l’époque, les militaires n’étaient pas les seuls à qui l’on manquait régulièrement de respect, leurs proches aussi en étaient victimes. « Mon mari a toujours occupé un emploi civil et c’était pénible pour lui parce qu’on le surnommait "la conjointe" par moquerie. Il n’avait aucune voix au chapitre. Les gens ne lui parlaient pas. Durant notre séjour en Allemagne, il était considéré comme un conjoint à charge. Une fois, pendant que je participais à un exercice de cinq mois, il n’a pu aller visiter ses parents que lorsque j’ai signé une permission. »

Bien qu’il s’agisse de situations malheureuses, la capitaine Coombs les considère comme des faits anodins dans sa longue carrière. Grâce à sa détermination, elle a poursuivi son chemin et a fini par constater une certaine amélioration. Les FAC ont fait d’immenses progrès en vue de changer la culture dans leurs rangs et la capitaine Coombs est la première à en témoigner. Parmi les changements les plus notables que la capitaine Coombs ait observés dans sa carrière figurent les changements sur le plan de l’éthique, la façon d’interagir avec les gens et le respect. « Tout le monde a droit au respect aujourd’hui, ce qui est vraiment merveilleux. Selon moi, nous avons beaucoup progressé. C’est important. Nous avons déployé beaucoup d’efforts en ce sens et j’ai constaté une énorme différence au cours des 10 à 20 dernières années. Les FAC se montrent de plus en plus ouvertes, qu’il s’agisse du rapport entre les hommes et les femmes, de la couleur de la peau ou des orientations sexuelles. Nous vivons une belle période. »

La capitaine Coombs a constaté d’autres changements favorables, dont le soutien aux familles des militaires, notamment les garderies et les congés de maternité et de paternité à la naissance d’un enfant. Elle décrit certaines des difficultés qu’elle a vécues au début de sa carrière et explique que, aujourd’hui, les femmes jouissent de beaucoup plus de soutien qu’avant. « Le soutien à la famille s’est amélioré au fil du temps sans aucun doute. L’idée de créer des garderies est excellente. Nous devions trouver des gardiennes partout où nous allions; c’était un gros inconvénient. Si vous étiez affecté à un endroit où l’on pouvait faire appel à vous à tout moment, il vous fallait des gardiennes fiables. Il y avait des abris et quand l’alerte sonnait, il fallait répondre "présent". Parfois, nous ne rentrions pas à la maison avant deux jours. J’étais chanceuse parce que mon mari était civil et qu'il pouvait rester à la maison avec les enfants. »

« C’est fantastique de pouvoir prendre un congé parental d’un an. J’ai eu deux mois et demi de congé quand mes enfants sont nés. Je suis retournée au travail le lundi et j’ai commencé l’exercice de rassemblement le mardi. De plus, l’adjudant-chef avait déjà planifié l'évaluation de ma condition physique le mercredi matin. De nos jours, c’est vraiment le bon moment pour faire partie des FAC, car tout le monde a droit au respect. »

Parmi les faits saillants de la carrière de la capitaine Coombs, mentionnons ses affectations à la toute première rotation de la Force opérationnelle en Asie du Sud-Ouest, en 2001, à la Force opérationnelle interarmées en Afghanistan, en 2007, et à la Force opérationnelle interarmées à l’appui des Jeux olympiques et paralympiques à Vancouver, en 2010. Sa plus grande réalisation reste sa promotion au grade d’adjudant-chef, obtenant du même coup le surnom de « chef », comme tous les militaires qui détiennent ce grade. « Le grade d’adjudant-chef est mon préféré. En tant qu’adjudant-chef, j’ai l’impression d’avoir vraiment contribué à quelque chose, j’ai accompli des choses pour des gens et j’ai eu la chance de parler au monde. Je voyageais toujours et j’agissais comme conseillère du Service de la logistique. C’était super. »

Quand on demande à la capitaine Coombs de résumer sa carrière, elle répond : « J’ai adoré ça. Je suis passée de soldat à adjudant-chef [avant de recevoir mon brevet d’officière]. J’ai aimé tous les aspects de ma carrière. Je me suis fait tellement d’amis dans les Forces et on y ressent vraiment un sentiment d'accomplissement. Il y avait toujours en moi un goût de participer à quelque chose et de servir mon pays. Je me suis sentie interpellée, je me sens encore comme ça aujourd'hui. C’est impossible de faire quoi que ce soit de plus important, n’importe où dans le monde. Les gens se montrent tellement reconnaissants de ce que nous faisons; c’est indiscutable, les gens respectent beaucoup les Canadiens. C’était ma vie; jamais je ne quitterais les Forces. »

Toutefois, après avoir passé plus de 33 ans dans la Force régulière et huit ans dans la Réserve de l’Aviation royale canadienne, la capitaine Coombs a quitté les Forces, plus précisément la 2e Division aérienne du Canada, le 15 octobre 2017.

La capitaine Coombs sait pertinemment qu’elle n’aurait jamais pu aller aussi loin dans sa carrière sans le soutien extraordinaire de son conjoint depuis 38 ans, Alan, qui a bien hâte de la retrouver à ses côtés à la maison, tous les jours. Pendant sa retraite, elle envisage de voyager, de passer plus de temps au lac, de se consacrer davantage à sa famille et de s’occuper d’elle-même. Elle admet que la vie militaire va lui manquer cruellement et qu’elle l’adore toujours.

Ayant passé 41 ans à servir son pays avant tout, la capitaine Coombs est une véritable source d’inspiration. Sa persévérance, sa capacité d’adaptation et sa détermination sont autant de preuves qu’on peut accomplir de grandes choses quand on a la bonne attitude et qu’on n’abandonne pas.

Les derniers mots de la capitaine Coombs en tant que militaire des FAC constituent un message puissant destiné aux Canadiennes : « Allez-y, foncez. N'oubliez pas que vous êtes sur un pied d’égalité et que vous avez le droit d’être ici, autant que n’importe qui d’autre. C’est ce que j’ai toujours cru. »

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