Des recrues de choix

Article de nouvelles / Le 16 février 2017

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Par le major Mathias Joost

Le mois de février est le Mois de l’histoire des Noirs. Dans le présent article, nous nous penchons sur les difficultés que bon nombre de Canadiens noirs ont éprouvées dans leur parcours afin de se joindre à l’Aviation royale du Canada, en plus de nous intéresser à leurs contributions à la force aérienne et au Canada, ainsi qu’aux réalisations extraordinaires qu’ils ont accomplies pendant et après leur service militaire. 

L’Aviation royale canadienne (ARC) a toujours fait en sorte de choisir les meilleurs candidats parmi la société canadienne. Dans la période précédant la Seconde Guerre mondiale, les quelques postes qu’offrait la Force aérienne faisaient l’objet d’une grande convoitise. L’ARC pouvait seulement se permettre de recruter la crème de la crème. Toutefois, le besoin élevé de militaires pendant la guerre n’a pas réduit le calibre des recrues acceptées. En 1940, l’ARC a conclu un accord avec l’Armée lui permettant de demander aux meilleures recrues de l’Armée si elles voulaient grossir ses rangs. Dans l’après‑guerre, l’ARC a continué de choisir les meilleurs candidats seulement.

Le recrutement des meilleurs jeunes hommes et femmes que le Canada peut offrir transparaît dans les réalisations des Canadiens noirs qui ont servi dans la force aérienne. Michael Manley faisait partie d’un équipage aérien de l’ARC avant de devenir, en 1972, le quatrième premier ministre de la Jamaïque. Lincoln Alexander, Leonard Braithwaite et Lloyd Perry sont tous devenus des avocats. M. Alexander a même occupé la fonction de député fédéral et de lieutenant‑gouverneur d’une province canadienne, deux premières pour les Noirs. Leonard Braithwaite, quant à lui, est devenu le premier député provincial noir de l’Ontario, et a agi comme fer de lance de l’adoption de politiques importantes contre la discrimination. De son côté, Lloyd Perry a accédé au poste de directeur du Cabinet du procureur général de l’Ontario responsable de la protection des droits des enfants.

Certains Canadiens noirs sont même restés dans l’ARC après la guerre, où ils ont mené de brillantes carrières. Sammy Estwick s’est enrôlé en décembre 1941 et a poursuivi son service jusqu’en 1963. Il a travaillé dans le domaine des télécommunications, aussi bien en tant qu’instructeur qu’en tant qu’opérateur, puis il a continué à travailler dans ce domaine après sa retraite, contribuant à la fondation de l’Ottawa Lions Track and Field Club et du Gloucester Senior Adults’ Centre, dont il a été le président. Il a également occupé des postes de direction au Vanier Lions Club et à la Society for Technical Communication.

L’aviateur Eric Watts avait atteint le grade de commandant d’aviation lorsqu’il a pris sa retraite. Tant à titre d’instructeur que de chef de section, il a toujours eu la réputation d’être parmi les meilleurs. Officier de l’armement aérien de la 1re Escadre à Marville, en France, il a fait passer le taux de disponibilité de l’armement de l’escadre, qui était au dernier rang lorsqu’il est arrivé, au premier rang parmi les quatre escadres de la Division aérienne du Canada.

Dans la période de l’après‑guerre, l’ARC a également accueilli des recrues de haut calibre. Parmi ceux qui ont effectué un service distingué figurent George Borden et Wally Peters. M. Borden a servi de 1953 à 1985. Il a ensuite occupé pendant cinq ans le poste de chef de cabinet du ministre provincial des services sociaux, devenant le premier Noir en Nouvelle‑Écosse à accéder à cette fonction. Il a aussi agi à titre de premier coordonnateur de l’alphabétisation de la population noire dans la province, de 1988 à 1991. M. Borden est également un poète et un compositeur de chansons reconnu.

Wally Peters a fait ses débuts en tant que pilote de chasse. Au cours de sa carrière, il a occupé le poste de conseiller des Forces armées canadiennes (FAC) auprès de l’ONU quant au déplacement tactique aérien de soldats, en plus d’agir à titre de premier agent des droits de la personne des FAC. Après avoir pris sa retraite, il a travaillé à Transports Canada, où il a participé à la création de programmes de sécurité aérienne ainsi qu’à l’établissement du Bureau canadien de la sécurité aérienne. Or, on le connaît probablement mieux comme pilote des Snowbirds.

Les Canadiens noirs n’ont jamais rechigné à servir le Canada. L’ARC, et par ailleurs l’ensemble du Canada et la population canadienne, a bénéficié des qualités de ceux qui ont servi leur pays. Les exemples ci‑dessus ne constituent qu’un échantillon de l'excellence dont ils ont fait preuve.

Eric Victor Watts

Eric Victor Watts s’est enrôlé dans l’ARC le 10 mai 1939, mais, en principe, on aurait dû rejeter sa candidature. En effet, le Cabinet fédéral et l’ARC venaient, plus tôt cette année-là, d’adopter une politique sur l’enrôlement selon laquelle les recrues devaient être de « descendance européenne pure ».

Eric Watts était noir.

Toutefois, l’agent de recrutement à Calgary, en Alberta, a sans doute vu le potentiel de M. Watts, puisqu’il a décidé de l’admettre dans l’ARC malgré tout. Or, c’est une décision qui s’est révélée heureuse.

Dès le départ, M. Watts affichait les qualités d’un chef naturel. S’étant enrôlé comme armurier, il a travaillé dans de nombreuses unités et écoles. Jouissant d’une réputation d’instructeur et de superviseur remarquable, il a gravi rapidement les échelons jusqu’au grade d’adjudant de 2e classe.

Tout au long de la guerre, l’ARC cherchait des gens qui souhaitaient faire partie d’équipages d’aéronefs. En décembre 1943, M. Watts a entrepris le processus nécessaire afin de devenir pilote, au terme duquel il a obtenu sa qualification en mars 1945. Il a ensuite travaillé comme pilote dans plusieurs écoles du pays jusqu’en 1946. À l’époque de la force aérienne intérimaire, soit de 1945 à 1947, comme l’ARC disposait d’un surplus de pilotes, M. Watts est retourné à ses fonctions d’instructeur en armement et de superviseur de sections d’armement.

Pendant ces années, il a brillé par son leadership et on a recommandé de nombreuses fois d’en faire un officier. En février 1951, un poste devenant finalement vacant, M. Watts a obtenu le grade de lieutenant d’aviation pendant qu’il suivait le cours de défense au sol de l’ARC.

En tant qu’officier, il a été instructeur ainsi que superviseur des sections d’armement à Trenton et au camp Borden, en Ontario. En novembre 1955, M. Watts a obtenu une affectation au quartier général de l’ARC, à Ottawa, en Ontario, où il a contribué aux programmes d’armement, notamment à la conception du missile Sparrow II pour l’Avro Arrow.

En août 1959, M. Watts a enfin obtenu l’affectation qu’il souhaitait, c’est-à-dire à Marville, en France, d’abord à titre de responsable de l’entretien de l’armement au 445e Escadron, puis en tant que responsable de l’armement de la 1re Escadre. Il a aidé une organisation classée dernière sur le plan de l’état de fonctionnement de ses systèmes d’armes d’aéronefs à devenir la meilleure parmi les quatre escadres de l’ARC en Europe à cet aspect. En raison de son travail remarquable, il a obtenu le titre de chef d’escadron le 1er janvier 1962. Il est rentré au Canada en juillet 1963 et a occupé des postes de direction et d’état-major jusqu’à sa retraite, en 1966.

Le fait d’être un sous-officier supérieur noir assumant les fonctions d’instructeur et de superviseur pendant la Seconde Guerre mondiale, en plus d’être tenu en haute estime par ses pairs, témoigne du leadership de M. Watts.

Même si le racisme occupait encore une grande place dans la société canadienne, M. Watts recevait constamment des éloges comme instructeur et superviseur. Tout au long de sa carrière, il a figuré parmi les meilleurs, terminant ses cours en obtenant l’une des plus hautes notes de son groupe, sinon la plus haute. Peu importe où il se trouvait, il jouissait du respect de ses subalternes et de ses pairs et était vu comme une personne agréable et très compétente. Bien qu’il ait acquis la réputation d’officier remarquable, il n’a pas pu accéder à des grades supérieurs parce qu’il n’avait pas fait d’études universitaires.

Eric Watts s’est éteint le 18 mars 1993 à Belleville, en Ontario.

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